Le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, a annoncé ce lundi 08 juin la fermeture prochaine de la décharge de Dar-Es-Salam, située dans la commune de Gbessia, lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation des grandes orientations de son département.
Organisée dans un complexe hôtelier de la capitale, la rencontre a réuni des représentants des médias, des acteurs de la société civile ainsi que plusieurs citoyens venus s’informer sur les projets engagés dans les secteurs de l’assainissement, de la gestion des déchets et des infrastructures.
Au cœur des annonces figure la décision de mettre un terme à l’exploitation de la décharge de Dar-Es-Salam, devenue selon le ministre un symbole des difficultés chroniques de gestion des déchets dans le Grand Conakry.
Dans son intervention, Aboubacar Camara a dénoncé les conséquences environnementales et sanitaires que fait peser cette décharge sur les populations riveraines depuis plusieurs décennies.
« Décharge de Dar-Es-Salam, c’est la plus grande injustice. Mais comment est-on parvenu à laisser cette décharge pendant quarante ans ? Elle est là, et on s’est accommodé », a-t-il déclaré.

Le ministre a qualifié le site de « plaie ouverte » au cœur de la capitale, estimant qu’aucune politique d’investissement dans l’assainissement ne pourrait produire des résultats durables tant que cette décharge continuerait de fonctionner.
« Quels que soient nos investissements, quelle que soit la mise en œuvre du programme de financement global avec tous les investissements attendus, on ne peut pas se permettre de laisser cette décharge à ciel ouvert au cœur de la ville de Conakry », a-t-il insisté.
Il a invité les citoyens à mesurer eux-mêmes les difficultés auxquelles sont confrontées quotidiennement les populations des quartiers voisins, notamment Hamdallaye et Dar-Es-Salam.
Pour accompagner cette fermeture, le gouvernement travaille actuellement sur l’aménagement d’un nouveau site de traitement des déchets à Baritodé.
Selon Aboubacar Camara, l’objectif est de rendre opérationnelle cette nouvelle infrastructure afin de permettre une fermeture hermétique de Dar-Es-Salam dès la fin de la saison des pluies.
Toutefois, il a reconnu l’existence de défis logistiques importants.
Le ministre a notamment expliqué que le redéploiement des circuits de collecte vers Kouria entraînera une augmentation considérable des besoins opérationnels des communes.
« Si Kaloum doit récupérer les ordures et aller jusqu’à Kouria avec seulement trois camions aujourd’hui, il faudra multiplier cette capacité. Le défi opérationnel se pose », a-t-il indiqué.
Il a assuré que son département travaille actuellement à lever ces contraintes techniques afin de garantir une transition sans rupture dans le système de collecte.
Le ministre a également annoncé que les personnes occupant encore des habitations précaires aux abords de la décharge ont reçu des instructions pour libérer les lieux.
Il a rappelé qu’en 2019, un éboulement sur le site avait causé d’importants dégâts et conduit à des opérations d’indemnisation de plusieurs familles.
« Si nous devons faire le travail, nous avons besoin d’espace pour intervenir », a-t-il expliqué.
Des procédures sont également en cours pour lancer plusieurs marchés publics liés à la réorganisation du système de gestion des déchets.
Aboubacar Camara a annoncé une réforme de la gestion des marchés urbains, avec le recours accru aux entreprises privées pour les opérations de nettoyage et d’entretien.
Selon lui, cette approche vise à améliorer durablement les conditions d’hygiène dans les espaces commerciaux.
« Les jeunes qui exercent dans les marchés paient des taxes. L’administration doit donc être capable de leur assurer un cadre de vie sain », a-t-il affirmé.
Le ministre a précisé que les marchés représentent aujourd’hui plus de la moitié des volumes d’ordures collectés quotidiennement à Conakry.
Au-delà de la fermeture du site, le gouvernement ambitionne une reconversion complète de Dar-Es-Salam.
Aboubacar Camara a indiqué que cette orientation s’inscrit dans la vision du Chef de l’État qui a fait de cette question une priorité nationale.
« Le Président de la République a décidé que la priorité du ministère est de travailler pour mettre un terme à cette décharge et en faire un parc national », a-t-il déclaré.
Le ministre a par ailleurs révélé que des discussions sont déjà engagées avec des ingénieurs chinois afin d’étudier des technologies permettant de transformer les déchets accumulés en énergie électrique.
Une fois les déchets traités ou déplacés, le site pourrait être converti en espace vert et de loisirs destiné aux familles guinéennes.
À travers ce projet, les autorités entendent tourner définitivement la page d’un site qui, depuis plus de quarante (40) ans, incarne les défis de l’assainissement dans la capitale guinéenne.
