Le procès opposant l’homme d’affaires Elhadj Mohamed Lamine Soumah au notaire Maître François Fana Bangoura s’est poursuivi ce lundi 18 mai au Tribunal de première instance de Kaloum.
Poursuivi pour abus de confiance et émission de chèques sans provision, Maître François Fana Bangoura a, après plusieurs heures de débats à la barre, contesté l’ensemble des faits mis à sa charge. Le notaire soutient avoir été victime de pressions et de menaces de la part du plaignant.
Selon ses déclarations, il aurait reçu plusieurs messages vocaux ainsi que des appels téléphoniques évoquant un mandat d’arrêt à son encontre. Il affirme également que le plaignant lui aurait indiqué être en contact avec un juge.
Le prévenu estime, par ailleurs, qu’il n’existe plus aucun différend financier entre lui et la famille Soumah et considère faire aujourd’hui l’objet d’un acharnement judiciaire.
À son tour, l’homme d’affaires Elhadj Mohamed Lamine Soumah a expliqué avoir entretenu des relations de confiance avec le notaire depuis une dizaine d’années. Selon lui, cette proximité justifiait les remises d’argent effectuées sans documents écrits.
Il déclare avoir confié plusieurs montants à Maître François Fana Bangoura afin de faciliter l’acquisition d’un immeuble à Kaloum. Il affirme également que le prévenu aurait signé plusieurs engagements de remboursement.
À l’issue des débats, la défense a soulevé plusieurs irrégularités dans la procédure avant de demander au tribunal d’ordonner à la partie civile la communication de certaines pièces justificatives. Elle a également sollicité un renvoi du dossier.
Après avoir entendu les différentes parties, le tribunal a renvoyé l’affaire au 8 juin prochain pour la communication des pièces et la poursuite des débats.
Au sortir de l’audience, l’avocat de la partie civile, Maître Lansana Condé, est revenu sur le fond du dossier devant la presse.
Selon lui, son client entretenait des relations de fraternité et de confiance avec le notaire, à qui il aurait remis d’importantes sommes d’argent dans le cadre d’un projet d’acquisition immobilière à Kaloum.
L’avocat affirme que les montants remis auraient progressivement atteint plusieurs milliards de francs guinéens, avant que son client ne constate que le projet n’avançait pas dans le sens souhaité.

« Mon client a finalement estimé que ses intérêts étaient menacés et a décidé de saisir la justice », a expliqué Me Lansana Condé.
L’avocat soutient également que le notaire aurait émis plusieurs chèques sans provision afin de garantir le remboursement d’une partie des sommes réclamées. Il affirme que certains de ces chèques ont été présentés au tribunal au cours des audiences.
Selon lui, la procédure judiciaire aurait poussé le prévenu à effectuer plusieurs remboursements partiels, notamment à travers des chèques provisionnés représentant plusieurs centaines de millions de francs guinéens.
Me Lansana Condé affirme également disposer d’un engagement écrit dans lequel le notaire reconnaîtrait une dette de plus de 6 milliards de francs guinéens.
Pour la partie civile, les éléments du dossier sont suffisamment solides et les engagements signés par le prévenu constituent des preuves importantes dans cette affaire.
De son côté, l’avocat de la défense, Maître Facinet Soumah, a rejeté les accusations portées contre son client.
Selon lui, les faits reprochés au notaire ne reposent sur aucun élément matériel sérieux. Il rappelle que Maître François Fana Bangoura a travaillé avec la famille Soumah sur plusieurs dossiers aujourd’hui clôturés.
L’avocat explique que certains chèques évoqués par la partie civile auraient été émis dans le cadre d’arrangements entre les parties. D’après lui, lorsque les fonds n’étaient pas immédiatement disponibles, le notaire demandait simplement de différer l’encaissement.
La défense affirme également que plusieurs montants auraient ensuite été réglés autrement, notamment en espèces ou à travers de nouveaux chèques.
Selon Me Facinet Soumah, le notaire ne récupérait pas systématiquement les anciens chèques annulés en raison du climat de confiance qui existait entre les parties. Ce seraient ces anciens chèques qui seraient aujourd’hui présentés comme des chèques sans provision.
Enfin, la défense soutient que l’engagement de paiement évoqué par la partie civile aurait été obtenu sous la pression liée à la menace d’un mandat d’arrêt.
« Au regard des débats, nous considérons que les accusations restent infondées et que la défense dispose d’éléments solides pour y répondre », a déclaré l’avocat de la défense.


A. Camara
