Le tribunal criminel de première instance de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry, a rendu ce lundi 27 juillet son verdict dans le dossier du colonel Bienvenue Lamah. Après plusieurs mois de débats judiciaires, l’officier supérieur de la gendarmerie nationale a été déclaré non coupable des faits qui lui étaient reprochés dans le cadre des événements du 28 septembre 2009. Le tribunal a ordonné sa relaxe ainsi que sa remise en liberté immédiate, sauf s’il est détenu pour une autre cause.
Le colonel Bienvenue Lamah comparaissait devant cette juridiction pour des faits présumés d’abus d’autorité, de meurtre, d’assassinat, de viol, de coups et blessures volontaires, d’enlèvement, de torture, d’entrave à l’assistance et d’omission de porter secours, en lien avec les violences survenues au stade du 28-Septembre.
Dans son jugement, le président du tribunal, le juge Aboubacar Thiam, a considéré que les faits visés par cette procédure avaient déjà fait l’objet d’une qualification judiciaire dans le jugement rendu le 31 juillet 2024. Il a également estimé que la demande de requalification introduite par le ministère public et les parties civiles n’avait plus d’objet.

« Par ces motifs. Statuant publiquement contradictoirement en matière criminelle et en premier après en avoir délibéré sur l’action publique. Constate que les faits, objet de la présente poursuite, indissociablement liés aux événements du 28 septembre 2009, ont déjà été judiciairement qualifiés de crime contre l’humanité et les responsabilités du commandement du supérieur hiérarchique par le jugement numéro 09 du 31 juillet 2024, rendu par le tribunal criminel de Dixinn. Par conséquent, la demande de requalification présentée par le ministère public et les parties civiles est devenue sans objet. Déclare le colonel Bienvenue Lamah non coupable des crimes contre l’humanité et de la responsabilité de commandement du supérieur hiérarchique. En conséquence, renvoie le colonel Bienvenue Lamah des fins de poursuite de ces faits. Ordonne sa relaxe et sa remise en liberté immédiate s’il n’est détenu pour autre cause. Sur l’action civile, renvoie la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH), l’Association des parents, victimes et amis du 28 septembre ainsi que les autres parties civiles à leur constitution, la déclare non fondée et les déboute de l’ensemble de leurs prétentions. », a déclaré le juge Aboubacar Thiam lors de la lecture du verdict.
Réagissant à cette décision au terme de l’audience, l’un des avocats des parties civiles, Me Bernard Saa Dissi Millimouno, a indiqué que ses clients ne comptaient pas en rester là et qu’un appel serait introduit dans les prochains jours.
« La justice n’est jamais une quête définitive, c’est une conquête permanente. Aujourd’hui, nous avons assisté à une décision unique, une décision qui a été rendue sur la base d’une appréciation erronée des faits et des textes qui s’appliquent au cas d’espèce. Mais, comme je le disais tantôt, nous allons immédiatement faire appel puisque, au regard du Code de procédure pénale actuel, lorsque la partie civile fait appel, le ministère public ou le procureur est obligé aussi de faire appel. Avec ces appels-là, le procès va reprendre totalement devant la Cour d’appel de Conakry. », a affirmé Me Bernard Saa Dissi Millimouno.
À l’inverse, le collectif des avocats de la défense a accueilli le verdict avec satisfaction. Ses membres estiment que cette décision réhabilite leur client après près de quatre années passées en détention.

« Nous sommes envahis par une énorme émotion. Je voudrais dire que c’est la justice qui a gagné. Certes, nous avons fait ce que nous devions faire et nous avons eu la chance d’avoir un magistrat qui a pris la mesure de ses responsabilités, quand bien même que, de l’autre côté de la barre, c’est-à-dire le parquet, a continué à vouloir enfoncer notre client. Mais les éléments du dossier ont prouvé que notre client était blanc comme neige. Comme on l’a dit, on ne peut pas trouver la peau sur un crâne rasé. Aujourd’hui, nous sommes envahis par une immense joie et nous rendons grâce à Dieu parce que c’est Dieu qui a voulu. Après pratiquement trois ans et huit mois de détention de notre client, aujourd’hui il est blanchi. Nous avons œuvré en compagnie de mes distingués et valeureux confrères. C’est aujourd’hui une grande fête, c’est la victoire du droit, c’est la victoire de la justice. Vive la justice guinéenne. », s’est félicité Me Zézé Kalivogui, membre du collectif de défense du colonel Bienvenue Lamah.
Avec cette décision, la procédure en première instance prend fin en faveur du colonel Bienvenue Lamah.

Toutefois, l’intention affichée par les parties civiles de faire appel devrait conduire à un nouvel examen du dossier devant la Cour d’appel de Conakry.
