À l’occasion de la conférence de presse organisée ce mercredi 29 avril par la Coalition politique pour la Rupture (CPR), le président d’honneur du parti Bloc Libéral (BL), Dr Faya Millimono, a dénoncé de nombreuses irrégularités dans le processus des élections législatives et communales prévues au mois de mai prochain.
Dans sa communication, l’homme politique a longuement critiqué l’organisation de ces élections, mettant en cause à la fois les règles du jeu et leur application.
« Malgré tous les pouvoirs royaux accordés au président de la République de Guinée, cela ne semble pas suffisant. Le droit de légiférer lui est également conféré par une loi récemment promulguée. On veut donc que, dans les urnes, on prouve encore une fois qu’en Guinée, il n’y a désormais que le CNRD. Même si cela a changé de nom pour devenir GMD, pour nous, il s’agit toujours du CNRD, venu avec de belles promesses mais qui a trahi sur toute la ligne », a-t-il déclaré.
Dr Millimono a également insisté sur ce qu’il considère comme une exclusion systématique de son parti dans certaines circonscriptions, notamment en Guinée forestière, évoquant des incohérences dans la validation des listes électorales.
« Les candidats du BL à Guéckédou, Kissidougou et dans le reste de la région forestière ont été recalés. Pourtant, la liste nationale du Bloc Libéral a été validée. À Kissidougou, notre liste était dirigée par une femme, dans un contexte où l’on prône la promotion féminine. Mais elle a été rejetée, sans même être transmise à Conakry. Dans la décision de la DGE, il est mentionné que seules deux listes ont été reçues et validées à la plurinominale de Kissidougou. Où est donc passée la liste du BL ? », s’est-il interrogé.
Selon lui, ces dysfonctionnements traduisent un « état d’esprit » biaisé dès la mise en place du processus électoral. « Tout a commencé avec la mise en place d’une commission électorale sans représentation des compétiteurs. Or, les élections sont organisées pour les partis politiques et les indépendants. Le législateur avait pourtant prévu leur implication, notamment dans la fixation des cautions et des plafonds de dépenses », a-t-il dénoncé.
Le leader du Bloc Libéral a par ailleurs critiqué les conditions financières imposées aux candidats, qu’il juge excessives et déconnectées de la réalité économique nationale.
« En 2018, la caution pour les élections dans les communes rurales était de 3 millions de francs guinéens. Aujourd’hui, elle est passée à 35 millions, soit une augmentation de plus de 1 200 %. L’économie guinéenne a-t-elle connu une telle croissance ? C’est ridicule. Pour les communes urbaines, on est passé de 8 millions à 35 millions », a-t-il fustigé.
Au-delà des aspects techniques, Dr Millimono alerte sur les risques politiques et sécuritaires d’un processus électoral qu’il estime biaisé.
« Ce n’est pas une compétition de vendeurs de drogue. Nous sommes des leaders politiques, porteurs de valeurs et attachés à des principes. Ce que certains appellent terrorisme dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Niger ou le Nigeria est en réalité le résultat de mauvais choix politiques », a-t-il soutenu.
Il a également exprimé sa déception face à la candidature du chef de la transition. « J’ai été déçu lorsque le général s’est présenté candidat. Jusqu’à la dernière minute, j’espérais qu’il respecterait sa parole », a-t-il confié.
Dr Millimono accuse par ailleurs les autorités d’appliquer les règles électorales de manière discriminatoire, notamment en matière de parité et de cumul de candidatures.
« Certaines listes respectant la loi ont été rejetées, tandis que des listes du CNRD comportant des irrégularités ont été validées. Des ministres figurent sur plusieurs listes, ce qui est pourtant interdit. De même, la règle de l’alternance homme-femme n’a été appliquée qu’aux opposants », a-t-il dénoncé.
Sur le plan juridique, il évoque plusieurs violations du code électoral, notamment concernant les délais de dépôt des candidatures et l’absence de notification en cas de rejet.
« Le dernier délai de dépôt devait être le 9 avril, mais on nous a imposé le 3 avril. Notre liste de Tombolia a été déposée dans les délais légaux, et la caution payée le 6 avril. Pourtant, elle a été refusée. Nous avons été traités avec mépris », s’est-il indigné.
Enfin, Dr Millimono a lancé un avertissement quant à la participation de son parti au scrutin.
« Nous avons la volonté de participer à ces élections. Mais si des corrections immédiates ne sont pas apportées, et si le rejet de nos listes n’est pas justifié dans les prochaines 24 à 48 heures, nous pourrions décider de nous retirer », a-t-il prévenu.
En conclusion, il appelle au respect des règles républicaines et à un traitement équitable de tous les acteurs politiques.
« Si nous ne sommes plus dans une République, qu’on le dise clairement et qu’on instaure une monarchie. Mais si nous sommes une République, les règles doivent être respectées. Nous sommes des Guinéens, et nous ne pouvons pas être traités comme des étrangers dans notre propre pays », a-t-il insisté.
A. Camara
